Avant Guillaume LeMessier

 

Un jour, j’étais à Rouen, dans la cathédrale Notre-Dame. Je regardais le gisant de Rollon, devenu en 911 le premier duc de Normandie. Une vingtaine d’enfants, âgés d’environ dix ans, accompagnés d’un adulte viennent s’arrêter près de moi. L’adulte qui accompagne le groupe commence par cette phrase : « Vous savez les enfants que nous, les Normands, sommes les descendants des Vikings. »

 

Depuis un certain temps, je cherchais des informations pour confirmer certaines prétentions que nous avions des origines vikings. Cette personne, responsable d’instruire des enfants sur leur histoire, ouvrait une piste sur les origines des Messier. Plus tard, j’ai rencontré un monsieur LeMessier au pays des ancêtres. Je lui ai fait part de mes recherches sur le sujet. Il m’a affirmé d’une façon à ne laisser aucun doute que nous étions des descendants de Vikings.

 

Si nous pouvons prétendre être leurs descendants, il faut reconnaître qu’avec les générations, ces gens se sont mariés avec les filles de la place. Cependant, je désirais bien en connaître un peu plus sur nos origines.

 

D’où venait ce premier LeMessier? Où demeurait-il? Pour répondre à ces questions, il faut regarder l’histoire de la Normandie. Au 8e siècle, elle fait face à des envahisseurs : les Vikings. Ceux-ci habitent le nord de l’Europe, aujourd’hui la Norvège, la Suède et le Danemark. Par la mer, ces gens longent les côtes de l’Europe. Ils envahissent l’Angleterre et la France puis se rendent même en Méditerranée.

 

Au milieu du 8e siècle, ils pénètrent dans la Normandie par la Seine avec toutes les conséquences que la guerre peut apporter. Ils sont nommés les barbares aux cheveux blonds. Les habitants fuient l’envahisseur devant tant de barbarie. Au milieu du 10e siècle, ils poussent l’audace jusqu’à assiéger Paris. Pour avoir la paix avec eux, le roi de France décide de leur concéder la Normandie. Ainsi, des Vikings originaires du Danemark s’établissent en Normandie avec leur chef Rollon. Ils reconstruisent Rouen qu’ils ont passablement saccagé, décident de parler la langue du pays et d’adopter le christianisme.

 

Ils s’installent en premier lieu à Rouen et sur les bords de la Seine. Les historiens ont localisé la pénétration de ces gens en deux espaces. En premier lieu, une zone de pénétration et d’occupation très forte dans Rouen et ses environs, et une deuxième zone moins importante adjacente à cette première. Le pays des ancêtres est situé à la limite de ces deux zones.

 

Vers 1050, le roi de France demande à ses sujets de porter, en plus de leur prénom, un nom qui servirait à mieux les identifier. Trop de gens portent le même prénom, ce qui cause bien des embêtements. On décide de leur donner un deuxième nom. C’est ainsi que les noms de famille sont apparus. Ceux-ci sont choisis en fonction d’une qualité, d’un métier ou pour toute autre raison. Notre premier ancêtre hérite du nom de son métier. Messier vient du mot latin « messis » qui signifie moisson. Son occupation concerne donc la moisson. L’ancêtre était-il gardien des moissons?

 

Si notre nom a été donné à quelqu’un qui était gardien des moissons, il a été utilisé plus tard pour désigner celui qui, aujourd’hui au Québec, a la profession de garde-chasse et garde-pêche. À la fin du 18e siècle, en France, celui qui avait ces attributions portait le nom de garde-messier. Des informations sur ces fonctions se retrouvent dans certains écrits. Dans un jugement du 27 mars 1788, à Senart, Jean-Louis Tournier, garde-messier à Etiolles, et Jean-Louis Gastel ont chacun été condamnés à 100 livres d’amende. L’un l’a été pour avoir braconné, l’autre pour avoir favorisé son braconnage, colporté et vendu son gibier. On déclare Jean-Louis Tournier incapable d’exercer les fonctions de messier.

 

Dans un arrêt du parlement de Paris le 13 août 1778, Firmin Dubois est condamné à « être rompu vif dans la place de la ville Monfort-l’Amaury, pour assassinat commis de dessein prémédité » envers le nommé Louis Martin, garde-messier des grains de la paroisse de Goupillières.

 

Plus près de nous, en 1853, sont publiés « un guide général du garde champêtre et un guide du messier » ou traité de leurs fonctions, comprenant notamment un commentaire du code rural, et tout ce qui concerne la police du roulage, la chasse et la pêche.

 

Évidemment, avoir un nom de famille ne fut pas un mouvement spontané partout en France. Il est arrivé progressivement avec les années. C’est dire que le premier Messier n’a pas nécessairement porté son nom en 1050. Il faut peut-être attendre 100 ans avant de voir un Normand porter ce nom. Le problème des noms fut résolu pour une bonne période. Cependant, avec la croissance démographique, il refit son apparition. À l’époque, les gens n’avaient pas eu l’idée, comme aujourd’hui, d’identifier les gens avec le nom de leurs parents ou de leur épouse. De plus, les naissances n’étaient pas enregistrées pour vérifier leur identité. À la fin du 15e siècle, LaHaye, avec une population d’environ 300 âmes, avait quelques Messier portant le même prénom. Afin de mieux les identifier, on prit l’initiative de leur donner un sobriquet. C’est ainsi que des LeMessier héritèrent de sobriquets tels que Blondelet, Bosc, Tabellion, Vieubled, etc. Notre ancêtre a hérité du sobriquet « Blondelet ». Ceux-ci ont été bien utiles pour identifier les familles.

 

Il est également arrivé que deux personnes, portant le même prénom et nom, fussent identifiées selon leur âge. Un était identifié comme « le jeune » et le second comme « l’aîné ». Naturellement, ce type d’identification n’est pas toujours pratique aujourd’hui pour reconnaître la personne. Ne connaissant pas leur âge, l’identification était un obstacle supplémentaire.

 

Au Canada, nous avons vu des ancêtres prendre le nom de Messier dit Duchesne et Messier dit St-François. Quelques-uns ont gardé le nom de Duchesne ou St-François. C’est ainsi qu’aujourd’hui, des Duchesne et St-François ont un Messier pour ancêtre. J’ai trouvé le même phénomène en France. J’ai vu des gens se nommer Vieubled au pays des ancêtres. Comme au Canada, des LeMessier ont pris leur sobriquet pour nom de famille.

 

 

Que savons-nous sur nos ancêtres de France?

 

Sur une période de cinq ans, une longue recherche a été faite sur les Messier en France par une généalogiste avec une bonne expérience des documents anciens. Jusqu’à présent, elle a nécessité soixante-dix jours de travail. Elle a permis de connaître sept générations de Messier. En plus de faire connaître nos ancêtres, elle nous révèle une partie de leur histoire.

 

 

Voici la reproduction d'un acte enregistré en Normandie.


Archives départementales de Seine-Maritime

Abbaye de St-Ouen de Rouen

Baronnie de Perriers-sur-Andelle

Paroisse de Renneville

Cote # 14H/209

janvier 1312 en Normandie

 

 

À tous ceux qui ces lettres verront, Guillaume biaufrère le Viel, garde du seau de la châtellenie d’Andely, salut. Sachant que par-devant nous fut présent Guillaume LeMessier, de la paroisse d’Erneville et reconnut pour lui et pour ses hoirs qu’il était tenu à rendre et à payer à hommes religieux, l’abbé et le couvent de Saint-Ouen de Rouen soixante et quatre sous tournois, chacun an, d’annuelle rente, la moitié au terme de Noël et l’autre moitié au terme de Pâque ensuivant, pour quatre acres de terre assise en la paroisse de Perriers entre Guillaume de Letheguive d’une part, et Guillaume d’Ysmauville d’autre aboutissant au chemin de Noion d’un bout, et à Guillaume Aalès d’autre, laquelle terre dessus dite ledit Guillaume LeMessier avait pris pour lui et pour ses hoirs à fief et à perpétuel héritage à toujours desdits religieux dont il se tient pour bien paie par-devant nous laquelle rente dessus dite il promet à rendre et à payer pour lui et pour ses hoirs par la foi de son corps aux dits religieux ou à leurs commandements portant ces lettres chacun an au terme dessus dit. Et spécialement ledit preneur en bailla prinse en gagne-plege pour lui et pour ses hoirs au dit religieux à payer en la rente double se lui ni ses hoirs délaissaient l’héritage dessus dit bailli et temps avenant. Et pour ce promet étable ledit Guillaume en obligea soi et ses hoirs aux dits religieux qu’ils pourront faire leur pleine justice toutefois qu’ils voudront après aucuns des termes dessus du passé sur tout l’héritage dudit Guillaume ou de ses hoirs et de tous ses biens meubles et non meubles présent et à venir en quelconques lieu qu’il puissent être trouvés pour la rente soit tenue et pour l’amende, si amende avait, pour la vertu de cette présente lettre de bailli. En témoins de ce nous avons mis, à ces lettres le seau de la châtelaine dessus dite sauf autre droit donné l’an de grâce mil trois cent et douze le mardi après les octaves de l’épiphanie.

 

 

Les registres paroissiaux sont inexistants avant 1560. Après cette date, de grandes périodes sont manquantes. Ceux de St-Denis-le-Thiboult ne commencent qu’en 1645. À Vascoeuil, ils sont tellement endommagés qu’il est très difficile, même pour un expert, de les consulter. Il faut donc consulter les actes notariés et autres documents pour avoir de l’information.

 

Avant d’entreprendre la recherche, nous connaissions David Messier et son frère Jacques. La première recherche nous apprenait que nos ancêtres demeurés en France étaient des LeMessier. Nous sommes devenus des Messier au Canada. De plus, un contrat de notaire confirme que le père de Michel et Jacques était David LeMessier. Seul le sobriquet dit Blondelet est ajouté. Le frère de David, Jacques, est également identifié comme un Blondelet dans un autre contrat. Voilà donc une excellente piste qui a facilité l’identification de leurs ancêtres.

 

Texte tiré du volume de  Gilles Messier :  Les Messier et leurs ancêtres, 700 ans d'histoire.

Dernière mise à jour : 

le 6 novembre 2014

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