Jacques II Messier

Jacques naît à Varennes le 4 novembre 1692 du mariage de Jacques Messier et M. Renée Couillard. Il est baptisé le lendemain à Varennes. Les registres de Varennes n’étant pas encore ouverts, l’acte est enregistré à Boucherville. Très tôt, Jacques devient orphelin. Sa mère décède alors qu’il n’a pas encore trois ans. Son père, quant à lui, décède quelques mois après. Quoique l’histoire ne le mentionne pas, Michel Messier a probablement élevé son neveu.

 

À vingt ans, Jacques arrête son choix sur une jeune fille de Varennes pour partager sa destinée. Il épouse Élisabeth Bissonnet, le 23 novembre 1712. Le curé, Claude Volant rédige son contrat de mariage la veille de la célébration. Il est déposé le 19 janvier 1713, dans les minutes du notaire Jacques Bourdon. Après son mariage, Jacques s’établit sur la terre héritée de son père, située dans la seigneurie de Jacques Lemoyne.

 

Deux ans après son mariage, une ordonnance en date du 6 novembre 1714 de l’intendant Bégon, oblige tous les habitants du gouvernement de Montréal à participer à une corvée pour la construction de nouvelles fortifications à Montréal. Une liste est dressée de tous ceux qui doivent participer aux travaux. Jacques et son cousin René Messier sont inscrits. On ne mentionne pas quels et combien de jours Jacques doit participer à la corvée. Pour une raison inconnue, le frère de René, François-Michel et son père ne sont pas sur la liste.

 

Les années suivantes passent sans histoire pour Jacques. Le 29 avril 1722, devant le notaire Nicolas Senet, le curé de Varennes, Michel Poulin, passe des contrats de bancs d’église (location) pour ses paroissiens. Le document est également signé par les marguilliers Christophe Lussier, Jacques Messier et Nicolas Chaput. Jacques occupe « le banc contre la muraille du côté droit en entrant et le premier du dit rang ».

 

Jacques semble ne pas avoir souffert de la pauvreté. Le 29 mars 1736, il prête 1600 livres à René Messier père, geste qu’il renouvellera le 16 juillet 1741, pour une somme de 1073 livres. Cette fois, il est remboursé avec une terre d’un demi-arpent par soixante. Un troisième de 402 livres est fait à René Messier père, le 15 avril 1754.

 

La richesse de Jacques augmente avec l’acquisition de terres. En plus de celle mentionnée au chapitre précédent, le 10 janvier 1735, Jacques Lemoyne lui concède une terre de 5 par 20 arpents située devant sa terre. Le 20 mai 1737, René lui vend une terre d’un arpent de large par la profondeur de la seigneurie. Enfin, le 8 septembre 1755, René Messier lui vend un autre morceau d’un demi-arpent par soixante, situé devant le fleuve. La terre héritée de son père est située dans la seigneurie de Jacques Lemoyne. Les acquisitions faites de René Messier sont situées dans la seigneurie du Cap St-Michel que François-Michel Messier a reçue au décès de son père.

 

De son mariage avec Élisabeth Bissonnet, Jacques a dix-sept enfants. Un seul se marie : Joseph. La plupart décèdent en bas âge. Une fille, Marie Josephte décède à l’âge de dix-neuf ans et un fils, Augustin, célibataire décède à vingt-sept ans.

Le mariage de leur fils Joseph avec Marie-Anne Godu ne se fait pas dans la joie. Élisabeth Bissonnet s’y oppose violemment. À l’époque, une personne obtient sa majorité à l’âge de vingt-cinq ans.

 

Devant les paroles désobligeantes d’Élisabeth Bissonnet sur la famille Godu, René Godu, le père de Marie-Anne, intente un procès à Jacques Messier. Devant la détermination de Joseph d’épouser Marie-Anne Godu, Jacques Messier et René Godu se retrouvent chez le notaire. Ils en viennent à une entente pour éviter un procès qui demande des réparations pour les paroles qu’Élisabeth Bissonnet et Jacques auraient eu à leur égard. Une déclaration sur les futurs beaux-parents de leur fils est faite. Jacques reconnaît que René Godu et sa femme Françoise Tétreau sont des personnes de bonne conduite.

 

Joseph n’attend pas sa majorité pour se retrouver devant l’autel. Le 21 avril 1743, la veille du mariage, son père et René Godu se retrouvent chez le notaire avec leurs enfants pour rédiger un contrat de mariage. À vingt-quatre ans et huit mois, sans l’approbation de ses parents, il épouse Marie-Anne Godu, le 22 avril 1743 à Varennes.

 

Après le mariage, les choses ne restent pas là. Une semaine plus tard, Élisabeth Bissonnet est devant le notaire. Elle fait son testament. Elle déshérite son fils Joseph et lègue ses biens à sa fille Marie Josephte et son fils Augustin. Dans son testament, elle exprime ses rancœurs; « du peu de respect et de libertinage de son fils, qu’il a injurié et brutalisé ses parents ». Elle mentionne également sa forte opposition au mariage de son fils avec Marie-Anne Godu.

 

Le 7 juillet 1743, possiblement suite aux pressions de son épouse, Jacques est également chez le notaire pour faire son testament et déshériter son fils à son tour. La colère semble s’être apaisée après quelques années. Le 16 avril 1747, Élisabeth Bissonnet retourne chez le notaire pour lever l’exhérédation de son fils. La question d’héritage est réglée sans trop de problème. Tous les enfants de Jacques et Élisabeth Bissonnet sont décédés avant leurs parents. Joseph s’est noyé en août 1758, à Laprairie en se rendant au fort Frontenac. Il est inhumé le 19 août 1758 à cet endroit. De plus, Marie-Anne Godu se noie le 27 septembre 1769 dans le courant Sainte-Marie, face à Montréal. Son corps est trouvé le 17 octobre à la Pointe-aux-Trembles où elle est inhumée. Joseph et Marie-Anne Godu laissent cinq enfants vivants sur les neuf qu’ils ont eus. Seuls les petits enfants de Jacques se partageront l’héritage de leurs grands-parents.

 

L’histoire nous apprend également que Jacques est officier dans la milice. Le 29 mars 1736, il est dit qu’il est « enseigne dans la milice ». En 1759, lors de la bataille pour la prise de Québec par Wolfe, toute la Nouvelle-France a été mise à contribution pour la défense de la ville. À Beauport, la compagnie de milice « Messier » est dirigée par Jacques, alors capitaine de milice.

 

Le 27 avril 1748, il est chez le notaire pour une question de chemin. Un accord est fait avec le curé de Varennes et plusieurs citoyens au sujet d’un chemin qui doit traverser les terres dont celle de Jacques. Un accord est également fait le 6 juin 1774 avec Joseph et Jacques Messier, enfants de Joseph et Marie Anne Godu. Le litige porte sur un chemin qui doit passer sur la terre de Jean Mongeau pour permettre aux gens de se rendre sur le bord de l’eau.

 

À deux occasions, Jacques doit passer en justice pour une question d’argent. Le 12 juillet 1740, il poursuit Joseph Bissonnet au sujet d’un billet de 103 livres. Il y retourne également le 15 mars 1741, toujours contre Joseph Bissonnet au sujet d’un billet de 29 livres.

 

Jacques décède le 15 et est inhumé le 17 mars 1777 à Varennes. Il suivait sa femme Élisabeth, décédée le 30 avril 1770. Le registre mentionne qu’il était capitaine de milice.

 

Sur la fin de ses jours, Jacques, dont les enfants sont tous décédés, décide d’avantager ses petits enfants. Le 17 mai 1772, il fait don à son petit-fils Jacques, d’une terre située au Cap-St-Michel. Deux semaines plus tard, à un deuxième, Joseph, il lègue une autre terre au Cap-St-Michel. Il pense également au dernier : le 17 mai 1772, à Beloeil, il achète une terre de Jean-Baptiste Burel pour la remettre à Charles.

 

Ma curiosité a été attirée par une maison de pierre à Varennes. D’après son architecture, elle a été construite dans la deuxième moitié du 18ième siècle. La personne qui l’a fait construire est révélée le 6 avril 1768. C’est le contrat de mariage de son petit-fils Joseph Messier avec Marie-Anne Mongeau. Jacques lui donne une terre avec une maison de pierre. Celle-ci a la même superficie; sa localisation est la même que celle reçue en concession de Jacques Lemoyne par Jacques Messier, époux de Marie-Renée Couillard. La maison a possiblement été construite vers 1750, par Jacques, époux d’Élisabeth Bissonnet, ou à sa requête.

 

À cause des nombreux Joseph Messier descendants de Jacques, j’ouvre une parenthèse. Pour faciliter la compréhension de ce texte, je les identifierai par le nom de leur épouse, à savoir :

 

La troisième génération au Canada : Joseph Messier, fils de Jacques, époux de Marie-Anne Godu.

La quatrième génération : Joseph Messier, époux de Marie-Anne Mongeau.

La cinquième génération : Joseph Messier, époux de Louise Fontaine.

La sixième génération : Joseph Messier, époux de Rosalie Laporte.

 

J’ai mentionné plus haut, que l’époux de Marie-Anne Godu est décédé avant la distribution des terres de Jacques. À l’âge de cinquante et un ans, le mari de Marie-Anne Mongeau décide d’avantager le futur conjoint de Louise Fontaine. Voit-il sa santé chancelante ? Le 26 juillet 1797, il donne sa terre avec la maison de pierre, à son fils Joseph âgé de onze ans. Son père décédera le 5 mai 1805. L’inventaire des ses biens sera fait le 27 mai. Ils seront vendus le lendemain.

 

Veuve, Marie-Anne Mongeau décide de donner ses biens, y compris la maison de pierre, à son fils Joseph. Le 19 juin 1807, elle passe chez le notaire pour enregistrer son désir. Le don est conditionnel à une rente annuelle ainsi qu’à plusieurs avantages, comme les droits à une servante et les services nécessaires à une vieillesse heureuse.

 

Deux ans après la mort de son père, Joseph, alors âgé de vingt et un ans, épouse Louise Fontaine le 11 janvier 1808. La jouissance de sa terre sera de courte durée. Son épouse décède le 22 février 1810, à la suite de la naissance de son deuxième enfant.

 

La santé de Joseph était-elle fragile ? Le 28 décembre 1810, Joseph loue sa terre et confie l’entretien de ses animaux à Pierre Provost. Quelques mois plus tard, le 17 mai 1811, il suit son épouse dans la tombe. Dans l’inventaire des biens du couple Messier, il est mentionné que Joseph doit 174 livres au docteur John Morlay pour achat de médicaments; cela confirme ses sérieux problèmes de santé.

 

C’est un enfant de deux ans qui hérite de tout. Jean-Marie Fontaine, le grand-père maternel est nommé tuteur. L’inventaire des biens du couple est fait le 27 mai 1811, suivi le lendemain par leur vente. Il nous apprend que la grand-mère paternelle demeurait avec les parents de l’héritier. Avant de procéder on remet, à Marie-Anne Mongeau, les effets mentionnés dans l’acte de donation du 19 juin 1807 : un lit, un poêle, une table, une huche, un fauteuil, une armoire et plusieurs petits objets pour sa commodité. Après son décès, ces objets devront revenir à l’héritier.

 

Voici la valeur de quelques biens mentionnés : un cheval, 50 livres; un poêle, 150 livres; une vache, 48 livres; une grande charrette, 24 livres; un ensemble pour coucher comprenant un lit de plumes, couchette, draps, couvertures et oreiller est évalué à 100 livres. Un objet est mentionné pour la première fois dans les inventaires des Messier : une montre en argent. Estimée à 24 livres elle est vendue à Marie-Anne Mongeau pour 60 livres. Deux gobelets d’argent sont estimées à 6 livres chacun. Est-ce les mêmes qui ont appartenu à Michel, l’époux d’Anne Lemoyne ? Un premier sera vendu à Toussaint Brodeur pour 6 livres et le deuxième, à Marie-Anne Mongeau 15 livres.

 

Le même jour, le 27 mai, le tuteur signe une convention avec Christophe Mongeau, dans laquelle il s’engage à vendre à ce dernier « la terre avec maison de pierre, une maison en bois, une laiterie en pierre et autres bâtiments en bois de construits sur lad terre ». Le prix de 16,500 livres et les intérêts seront payés à l’héritier à son mariage quand il aura atteint l’âge de la majorité. De plus, l’acheteur devra payer à la mère de Joseph Messier, Marie-Anne Mongeau, « la rente assignée sur la terre », consentie par l’époux de Marie Fontaine dans l’acte du 19 juin 1807.

 

Une requête est faite aux juges de la cour du banc du roi, pour autoriser Jean-Marie Fontaine à vendre la terre à ces conditions. L’autorisation est donnée le premier juin par le juge P. L. Panet. Le 4 juin, on fait une assemblée de famille. On autorise la vente et on demande au tuteur de disposer des autres biens de l’enfant. Le tout est officialisé le 15 juin 1811. Le même jour, Marie-Anne Mongeau donne une procuration à Antoine Decelle pour percevoir, de Christophe Mongeau, la rente qui lui est due.

 

Devenu adulte, Joseph est placé chez un médecin de Pointe-aux-Trembles, afin de lui apprendre ce métier. À cet endroit, le 7 juillet 1828, alors âgé de dix-neuf ans, il épouse Rosalie Laporte. Dans son contrat de mariage du 2 juillet 1828, le futur époux mentionne qu’il possède le fruit de biens meubles, que son tuteur a vendus. L’époux de Rosalie Laporte ne vivra pas très longtemps après son mariage ; il décède le 17 juin 1832, à Montréal, à l’âge de vingt-trois ans.

 

Pour celui qui désire voir la maison, elle est au 2790 Marie-Victorin dans la partie est de Varennes. Elle est près de la montée de la Picardie, qui forme un peu plus au sud, la frontière de la seigneurie de Jacques Lemoyne et Michel Messier. Elle sert présentement de centre d’information à la compagnie Albright et Wilson.

Texte tiré du volume : Gilles Messier.  Les Messier et leurs ancêtres : 700 ans d'histoire.

Dernière mise à jour : 

24 juillet 2014

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